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Le mind mapping…une aide pour les thérapeutes, psy, coachs et personnes dans la relation d’aide ?

Depuis toujours, je voue une véritable passion au fonctionnement du cerveau. Formée à différentes techniques de psychothérapie, j’utilise également le mind mapping que j’affectionne tout particulièrement et que j’enseigne depuis neuf ans. Il y a plus de trois ans, c’est donc tout naturellement que me vint l’idée d’associer les deux méthodes.

Mind mapping ou carte mentale

Au Tibet, 2000 ans avant JC, les Tangka formalisaient déjà des connaissances sous forme arborescente ou radiale… Pensé également par Aristote et présent des siècles plus tard à l’Exposition Universelle de Bruxelles en 1926 par le biais de cartes réalisées par le belge Paul Otlet, le concept du mind mapping est attribué au psychologue anglais Tony Buzan dans les années 70.  Selon lui, nous aurions tendance à privilégier les activités de l’hémisphère gauche du cerveau (logique, pensée rationnelle, langage, classement, etc.) par rapport à celles de l’hémisphère droit (créativité, capacité de synthèse, vision globale, etc. ). Afin de mieux organiser notre pensée, il est pourtant possible -et facile- de structurer nos idées. Le mind mapping est en réalité un schéma (langage analogique) qui reflète le cheminement associatif de la pensée.

C’est une représentation graphique des informations sous forme arborescente avec des ramifications partant du centre pour signifier les relations entre les idées; on ajoute couleurs et illustrations.

 De nombreuses thérapies utilisent aussi des pictogrammes ou dessins. En premier lieu, on pense à l’art thérapie qui développe un langage symbolique donnant accès aux sentiments enfouis pour pouvoir ensuite les intégrer. Gustav Jung a « importé » le Mandala en Occident en l’utilisant comme un outil thérapeutique avec les schizophrènes. Dans ses traitements, Mario Berta intègre les images latentes et s’appuie sur les pôles dialectiques des valeurs qu’elles portent pour effectuer un tissage. Eric Bardot utilise quant à lui le dessin solutionniste qui consiste à illustrer le problème et celui-ci une fois résolu. Dans un des quatre coins de la feuille, après avoir tracé un chemin entre le dessin-problème et le dessin-problème résolu, on y installe au moins trois obstacles différents et enfin un dessin-ressource (objet minéral, végétal, animal, personnage réel ou imaginaire) qui va aider à franchir chaque obstacle.

 Le M.A.P (Mouvements Alternatifs Pluriels), au-delà de l’EMDR et ses mouvements alternatifs, utilise des outils systémiques, solutionnistes, narratifs et hypnotiques. Il fait appel à de nombreuses représentations : métaphores dessinées du problème, de l’objectif et des différentes ressources utiles au patient. Ce sont les mouvements alternatifs ‘inductions hypnotiques rapides) qui font le « tissage » entre eux, permettant aux images d’évoluer vers la solution.

 Utiliser le mind mapping lors d’une thérapie semble donc apporter de réels avantages.

Pourquoi le mind mapping ?

Comme nous l’avons indiqué précédemment, il existe une différence de fonctionnalité des deux hémisphères du cerveau qui fait couler beaucoup d’encre. Avec le mind mapping, mots et illustrations se complètent et s’associent, autant dans notre tête que sur une carte. Sur un écran vierge, les clients déposent tout : problèmes, ressources, croyances, valeurs,… Avec l’aide de la carte, on regarde, analyse et on met en relation. La solution ne tarde pas à apparaître d’elle-même. Généralement, la personne en souffrance ne voit que son tourment mais dans ce cas elle visualise immédiatement qu’il n’est pas que cela. La carte est un médium pour l’aider à découvrir pleinement son potentiel, de réaliser, unifier, équilibrer sa personnalité et dépasser les obstacles de manière créative.

Mener le premier entretien avec le mind mapping va permettre une relation beaucoup plus fluide grâce à une écoute active. Le patient se laisse guider par ses associations libres alors que nous intégrons chaque élément dans la carte qui se dessine et prend forme et sens au départ d’informations sans lien apparent.

La carte est une représentation externe de l’interne : on voit les choses sous un autre angle. Grâce à l’externalisation,  la situation se concrétise devant nos yeux. Le fait d’insérer des illustrations permet ensuite d’agir sur la représentation. Le client le regarde et prend la position méta : il peut alors se détacher des émotions qui y sont liées. Tout comme son thérapeute, il a une véritable vue d’ensemble, une « vue d’hélicoptère ». Ils voient tous les deux se profiler les ramifications, les liens, les interactions. Les croyances limitantes se mettent directement en relation avec le problème. Et s’il est plus facile de voir celui-ci, il en est de même pour les ressources. Pour optimiser l’avancement, l’idéal est de laisser le client établir lui-même les relations entre les choses.

Les hiérarchies apparaissent clairement, ce qui permet également de déterminer les priorités. Par exemple : si la personne est confrontée à plusieurs difficultés, le fait de les noter et de les voir, peut l’aider à donner un ordre de priorité. Avec la carte, on « ouvrira » et on « fermera » les branches du souci sur lequel on se focalise. La situation est mise dans un contexte laissant apparaître qu’un changement peut modifier tous les autres rapports. La carte devient un tiers de confiance. C’est finalement elle qui nous parle parce qu’elle fait apparaître des choses. C’est une méta représentation qui incite à la métacognition. Cette vision commune augmente l’alliance avec le patient. Elle permet également une dédramatisation de la situation grâce aussi, par exemple, à l’utilisation d’illustrations humoristiques. Le centre de la carte maintient l’attention, le centrage. La séance n’est pas l’endroit où déposer ses problèmes mais le client a une position primordiale et devient acteur de son mieux être. Il est au centre alors qu’il s’agit (trop) souvent du thérapeute…

 Ce qui différencie aussi le mind mapping d’autres thérapies, c’est la transparence des prises de note. Les prises de notes classiques qui n’appartiennent qu’au thérapeute et dont le client se posent tant de questions n’existent plus. Le document est commun et il sert de base au travail.

Comment se déroule la séance ?

Dans un cadre apaisant, le cabinet est aménagé avec deux fauteuils qui font face à un écran de projection. Le thérapeute est installé près de l’ordinateur et le client à côté. Sur une table basse, le projecteur projette la carte gabarit suivante :

Moi therapie La première fois, on cerne le(s) problème(s) et simultanément, la création de la carte commence avec le client. Sa plainte est directement transposée sur le visuel avec toutes les ramifications. Le thérapeute complète la carte au fur et à mesure et celle-ci sera reprise comme base de travail à chaque séance. Le logiciel utilisé est Xmind. Pour bien concevoir une carte gabarit sur ordinateur via ce programme, il faut avant tout parler à la première personne afin d’impliquer le client pour qu’il puisse s’identifier en regardant l’écran. Au centre, afin de personnaliser au mieux le document par le client, on peut installer sa photo. Les branches de la carte sont disposées de telle manière que le problème est situé à gauche (le passé) et la solution à droite (le futur). Puisque l’histoire est co-construite, à tout moment, on demande au client si ce qui est ajouté à la carte est clair, si c’est le bon mot, etc. C’est lui qui sélectionne les illustrations (via Internet) ce qui permet d’avoir un référent commun. Le patient s’approprie sa carte et donc son problème ainsi que ses solutions. Il met des mots clés précis, ce qui amène à parler le même langage pour être certain d’avoir bien entendu, compris. Les mots, les émotions, les sentiments, les ressentis sont capturés pour refléter au mieux la situation dans l’instant présent.

Sur les branches, l’utilisation de couleurs différentes permet de savoir ce qui correspond au problème ou à la solution selon le client. La carte est dynamique : l’ajout de branches est toujours possible pour refléter l’évolution. Dans une carte, il y a le fond et la forme. Quand le client lâche prise sur le fond, ce n’est pas grave, on travaille sur la forme qui apporte une autre dimension. Si le thérapeute souhaite changer de niveau, il peut lui-même induire un état séparateur en sautant du fond à la forme.

Xmind est un logiciel opensource facilement téléchargeable pour le client s’il le souhaite. Cela l’incite à compléter la carte entre deux séances éventuellement avec les tâches demandées. Les fois suivantes, le début de séance commence par une question simple : où en êtes-vous maintenant ? Cela permet de mettre la carte à jour par rapport à la séance précédente et de posséder une situation exacte dans l’ici et maintenant.

Avantages pour le thérapeute

Les avantages du mind mapping sont nombreux. En effet, la carte constitue un outil : un véritable GPS qui permet de garder les objectifs en tête, ce qui est rassurant. Elle apporte une vision totale des liens et également des oppositions ce qui permet d’aller à l’essentiel. Comme elle peut être complétée au fur et à mesure, le client peut s’exprimer librement et le thérapeute classe, trie les mots clés directement dans les bonnes branches.

Pas besoin de dossiers « papier » lourds avec de nombreuses pages –qui effraient parfois certains thérapeutes et leurs patients- où les informations pertinentes sont parfois difficiles à retrouver. Le renseignement n’est jamais perdu ni « noyé » dans la masse… On  évite de devoir mettre de l’ordre dans ses notes ou de les relire avant l’arrivée du client. L’objectif reste toujours visible et permet une écoute active.

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Certains clients ont tendance à emmener leur thérapeute dans des explications sans fin et il est parfois délicat de revenir à l’idée principale sans froisser la personne. Avec la carte, tout ceci est facilité par la vue globale par le consultant et le consulté. S’il faut revenir au problème principal, il suffit de fermer la branche pour clore un discours qui s’égarerait. On guide en douceur, on recadre vers l’objectif sans injonction.

En plus de cette carte commune, le thérapeute peut réaliser une carte qui lui est personnelle (sur format papier) où il peut noter les stratégies, le canal VAKO, les croyances limitantes, toutes ces choses qui font partie de sa stratégie.

Avantages pour le client

Dès son arrivée chez le thérapeute, le client voit la méthode utilisée et il sait que c’est différent de chez les autres. Le centre de l’attention se porte sur le client et non le thérapeute, c’est le premier avantage  comme déjà précisé, qui est essentiel dans ce type de thérapie. Il est en possession d’un outil puissant de recentrage tel qu’un mandala cher à CG. Jung avec, en plus, l’apport de mot et la possibilité de faire des liens. Les illustrations choisies ont une signification, contrairement au mandala. Le consulté devient « l’expert » de sa carte pour laquelle il participe activement à la conception. Il y pose son vécu, son problème et ses émotions. Même si elle est réalisée par l’intermédiaire du thérapeute, comme il s’agit de « sa » carte personnelle, le client est actif et il se découvre dans sa totalité, avec ses forces et ses faiblesses. Souvent, quand le client observe la carte, il défocalise le regard et l’hypnose s’installe, renforcée par la signification métaphorique des illustrations et symboles. Son regard défocalisé parcoure la carte et souvent il propose quelque chose qui va le mettre en mouvement. Il peut choisir des couleurs, des symboles ou dessins différents. Quand il dit par exemple : « j’avais mis la ligne du problème en noir, mais cela me choque aujourd’hui. Pourriez-vous le remplacer par du gris ? », le thérapeute comprend immédiatement que quelque chose a changé. « La dernière fois, je me sentais comme une grosse pierre, aujourd’hui ce n’est plus ça, je dirais que c’est comme un caillou ». Le thérapeute modifie l’illustration et il comprend à nouveau que le problème n’est plus le même. Parfois, les clients demandent de pouvoir emporter la carte pour la décorer et l’illustrer à la maison. Elle permet de prendre du recul, de la distance par rapport au souci et se recentrer.

Au fil de la séance, le client relativise et voit les choses avec distance et même parfois humour : « quand le vois l’image de ma peur, j’ai envie de rire ». La carte induit un positionnement du client, il est engagé dans la tâche, elle le replace au centre de sa vie alors que bien souvent il a le sentiment qu’elle lui échappe. Le client a la sensation de prendre sa vie en main. Il regarde son problème « en face » et il adopte la 3e position « méta ». Il parvient à prendre de la distance par rapport à son problème et à ses émotions.

Avantages de la méthode

La carte est multidimensionnelle et multisensorielle, elle devient elle-même métaphore avec l’utilisation des nombreuses illustrations et les associations libres qui stimule les différentes zones corticales du cerveau et devient ainsi une source d’inspiration créative.

La carte est évolutive. Cela permet la visualisation de la progression et des processus à mettre en place. Le client sent que tout est en mouvement : ce qui était n’est plus. A l’opposé du trauma représenté dans le cerveau par une image immobile, on voit avec la carte que tout est en train de bouger. On a remis de la vie dans une situation qui était figée. Lorsqu’on regarde la carte, le client s’identifie et se la raconte en même temps, de l’intérieur. Il s’agit d’un véritable lien avec la thérapie narrative. La carte est comme un miroir qui permet à la personne d’exprimer plus aisément son vécu avec la facilité de passer des mots aux illustrations et de trouver des pistes de solutions. Le mind mapping permet de réunifier le morcèlement de soi bien au-delà du centrage, la carte replace le client au centre de sa vie. Elle provoque l’action, probablement parce que la phase avant l’action est la visualisation et qu’une tâche est facilement divisible en sous-branches réalisables aisément.

Le mind mapping est un médium multimodal qui parle à tout le monde. Il intègre les intelligences multiples de Gardner. La carte se mémorise très facilement grâce à l’utilisation de couleurs, d’illustrations, de symboles et la disposition spatiale des éléments. Tout ceci va activer le système limbique et améliorer le fonctionnement cognitif. Cela signifie que les moindres avancées dans la thérapie seront intégrées/acquises par le client.

La carte, adaptable à l’infini est idéale pour aider à prendre une décision : elle rend visible toutes les solutions et on peut y ajouter le pan émotionnel. En travaillant sur la forme grâce aux couleurs et illustrations, on réalise en fait un travail en profondeur sur les symboles, les métaphores, qui signifient parfois l’indicible.

Sans un écran d’ordinateur, il est aussi possible d’élaborer une carte au départ de PostIt (une idée pas PostIt) puis d’effectuer des catégories et placer chaque catégorie sur une branche. La carte est alors dessinée sur une grande feuille de papier placée horizontalement.

Le mind mapping facilite la conceptualisation et l’interprétation (au niveau conscient et inconscient) et aide le client à s’approprier le problème pour une réinterprétation de celui-ci avec l’intégration de nouvelles connaissances. Certains clients font part d’avoir résolu eux-mêmes des soucis, en refaisant chez eux une carte similaire à celle réalisée en séance. Plus qu’une aide ponctuelle, le mind mapping est une méthode facilement transférable parce qu’intuitive.  

Au retour des nombreuses personnes que j’ai formé au mind mapping, je suis convaincue que l’utilisation régulière de cette technique par mes clients va également induire une modification dans leur manière de penser: plus ordonnée, structurée, globale. Notre cerveau hyper plastique va se réorganiser selon ce schéma. Notre cerveau est ce que nous en faisons.

A la fois réel outil et méthode de travail, le mind mapping est véritablement aussi efficace pour le client que pour le thérapeute. Je suis certaine que vous en découvrirez les multiples avantages.

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Fabienne

Fabienne

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